Poison City, tome 1 de Tetsuya Tsutsui

Poison City

PoisonCity1

Résumé:

Tokyo, 2019. À moins d’un an de l’ouverture des Jeux olympiques, le Japon est bien décidé à faire place nette afin de recevoir les athlètes du monde entier. Une vague de puritanisme exacerbé s’abat sur tout le pays, cristallisée par la multiplication de mouvements autoproclamés de vigilance citoyenne. Littérature, cinéma, jeu vidéo, bande dessinée : aucun mode d’expression n’est épargné.
C’est dans ce climat suffocant que Mikio Hibino, jeune auteur de 32 ans, se lance un peu naïvement dans la publication d’un manga d’horreur ultra-réaliste, Dark Walker. Une démarche aux conséquences funestes qui va précipiter l’auteur et son éditeur dans l’œil du cyclone…
En s’appuyant sur son expérience personnelle, Tetsuya Tsutsui (Prophecy, Manhole) nous livre avec Poison City une œuvre fascinante sur la liberté d’expression et les coulisses de la création manga au Japon.

Source: Ki-oon éditions

On aurait tort de penser que les Japonais sont trop réservés, trop discrets, peu enclins à faire des vagues. Lorsqu’il s’agit de mangas, on trouve absolument de tous les sujets, traités avec plus ou moins d’ardeur par leurs auteurs. Avec Poison City, Tetsuya Tsutsui s’attaque à un concept très important: la liberté d’expression. Et plus intéressant encore, à la censure. Et l’auteur sait de quoi il parle. En effet, en 2009, un de ses mangas a été jugé « oeuvre nocive pour les mineurs » par l’agence de « l’enfance et l’avenir » du département de Nagasaki. Injustement, car cette instance s’est basée sur quelques images sorties de leur contexte pour appuyer son jugement. (Bien que, soyons clairs, je ne pense pas qu’il y ait de censure « juste »). L’auteur ne l’a appris qu’en 2013 et alors décidé de dénoncer cette censure.
Dans son manga, Tsutsui va plus loin et ne met pas en scène une instance isolée. Il imagine un futur où une loi pour une « littérature saine » est votée. Une commission chargée de désigner les « livres nocifs » est formée et c’est ainsi qu’elle commence à censurer de nombreux ouvrages et notamment des mangas. C’est dans ce contexte qu’Hibino, le personnage principal, tente de se faire une place en tant que mangaka. Mais à peine sa série est-elle lancée, que la commission intervient et que les ennuis commencent…
J’ai beaucoup aimé suivre le déroulement autour de la publication d’une oeuvre. Bien qu’on soit loin de Bakuman, la relation auteur/éditeur est omniprésente et encore plus passionnante lorsqu’il faut choisir d’arrêter ou non la publication, de faire des changements, de rendre le manga plus « présentable » etc. J’ai trouvé intéressant de voir les réactions des différents personnages en fonction de leur métier ou de leur niveau professionnel: le novice plein d’espoirs, l’éditeur chevronné, le mangaka désabusé, l’ex-ministre prêt à tout pour ses convictions, etc. Le fait qu’une personne charismatique et avec beaucoup d’influence puisse faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre m’a toujours semblé fascinant. Tout comme le fait qu’un groupe qui s’en donne les moyens le puisse aussi. Au final, le seul bémol réside dans le manque ou plutôt l’absence de personnages féminins. J’aurai aimé voir des femmes occuper des places importantes dans l’édition ou en tant que mangaka et pas juste des femmes moralisatrices.

En bref, un manga passionnant qui aborde un sujet d’actualité en dénonçant la censure d’œuvres artistiques et littéraires.

6.Super

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